Thomas Le Gall

Le bateau du pêcheur Thomas Le Gall, amarré au port d'Audierne, se nomme Vertigo. Il l'a acquis l'été 2019. L'hiver suivant a été tempétueux. Sa véritable première saison commence ce printemps. Le métier est dur. Il le sait. Néanmoins il s'accroche et perpétue ainsi, avec bonheur, une culture familiale.

"Mon ancrage dans le Cap, c'est de là que je tire ma force"

Vous avez un parcours singulier. Juriste en droit maritime à Brest, vous décidez à trente-cinq ans de larguer les amarres pour devenir marin pêcheur.

Je suis issu d'une famille de marins pêcheurs depuis plusieurs générations, originaire du Cap-Sizun. Je me suis toujours intéressé à travers l'histoire familiale, à l'histoire locale. Et j'ai toujours gardé un œil sur la pêche et sur l'actualité maritime. Mes parents, mes grands-parents, ne m'ont pas franchement incité à faire ce métier. J'ai toujours eu conscience que c'est un métier rude. Ce n'est pas vraiment ce que souhaitent les parents pour leurs enfants. Comme je n'étais pas trop mauvais à l'école, ils m'ont plutôt encouragé à mener une vie plus confortable, à l'abri à terre, dans de bonnes conditions. Il est vrai que la pêche, c'est un métier exigeant en temps et usant physiquement. Mon grand-père maternel a pratiqué ce métier dès ses treize ans et il est décédé à l’âge de soixante ans. Ce n'est pas innocent. Mais cette figure tutélaire a été fondamentale dans ma construction personnelle et professionnelle. Son courage, son intégrité ont notamment nourri mes rêves de mer et mon envie de devenir marin pêcheur. Mon père était marin de commerce, il a navigué sur toutes les mers du monde, il était absent plusieurs mois par an, je ne l'ai pas vu beaucoup. Ce n'est pas forcément ce que l'on a envie de faire, de trop s'éloigner de sa famille. C'est la pêche côtière qui m'a intéressé. Mais, passé la phase un peu romantique, on se confronte à la réalité et on se rend compte que les mises en garde étaient plutôt justifiées.

Pourquoi avoir décidé d'être ligneur ? Quelles ont été vos motivations ?

L'indépendance, l'autonomie, le mode de pêche. Quand je suis entré au lycée professionnel maritime du Guilvinec il y a six ans, je souhaitais avoir une unité de travail, travailler seul de façon à organiser mon emploi du temps. Et puis je trouvais cette pêche écoresponsable, noble. On cible du poisson qui nécessairement cherche à se nourrir. Je pêche grâce à une ligne de traîne ou une canne. Dans certains endroits, lorsque je pêche à la canne, il est essentiel d’éteindre le moteur lors des dérives afin de pas effrayer le poisson. Il n'y a plus un bruit. On essaie de réduire au maximum le parasitage. C'est assez saisissant. Surtout en ce moment, en période de confinement, tout est très calme. Il faut être un peu copain avec soi-même, car on passe de nombreuses heures seul. On est dans une forme de contemplation. Les couleurs varient tous les jours, le temps peut changer très vite. On est aussi tout le temps vigilant aux conditions atmosphériques, à l'état de la mer bien entendu. On est toujours aux aguets. Il y a une tension. Cela demande beaucoup de concentration. C'est finalement en arrivant à terre que l'on se relâche. Il est important d'aller en mer l'esprit dégagé, d'y aller dans de bonnes conditions.

En tant que ligneur, fréquentez-vous le raz de Sein ? Quelles sont vos zones de pêche habituelles ?

Je ne pêche pas encore dans le raz de Sein, je n'ai pas cette prétention. Cela fait à peine cinq ans que je suis marin pêcheur. J'ai commencé par faire du filet sur un bateau équipage toute l'année, j'ai vécu une succession d'expériences sur divers navires et j'ai fait l'acquisition de mon ligneur en juillet dernier. Je suis encore dans une forme d'apprentissage, de découverte, donc je ne vais pas nécessairement dans le raz de Sein. En fin de compte, le territoire est assez éclaté entre la baie d'Audierne, celle de Douarnenez, la chaussée de Sein, les parages autour de Sein, jusqu'à la pointe Saint-Mathieu. En ce moment on travaille le bar, c'est la saison, après le repos biologique de février-mars. Mais également le lieu jaune, le Saint-Pierre, la daurade, un peu de cabillaud aussi.

“C'est finalement en arrivant à terre que l'on se relâche”, disiez-vous. En quoi le retour au port est-il un moment particulier ?

La vraie satisfaction, c'est de se retrouver en effet au port à débarquer sa pêche. Les journées peuvent être très courtes en mer, parfois très longues, on ne sait pas ce qui va advenir. Si on va être endurant ou pas. Je compte quelques amis parmi les ligneurs qui me donnent des conseils précieux, mais 90 % de ce que je fais, je l'apprends par moi-même. Je suis vraiment en période d'apprentissage. Cela fait partie, je pense, du chemin initiatique. Mon ancrage dans le Cap, c'est de là que je tire ma force. Après c'est une envie d'apprendre, de comprendre, de s'efforcer à maîtriser des gestes qu'il faut parvenir à exécuter correctement. C'est un peu frustrant parce que dans mon ancien métier, j'avais atteint une certaine maîtrise. C'est sûr je me suis jeté dans l'inconfort !

Comment vivez-vous cette période hors du commun ?

On est relativement privilégié à la ligne pour deux raisons. La première, c'est que nous travaillons seuls. En matière de transmission du virus, c'est plus simple à gérer.

D'autre part, le marché sur le poisson de ligne, sans être extraordinaire, est correct. On n'a pas d'invendus. Bien entendu, c'est tout de même une économie qui tourne au ralenti. On dépend des restaurants notamment étoilés, et, tant que cette activité n'a pas repris, le marché restera restreint.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur la décision que vous avez prise, il y a six ans, de vous destiner à la pêche ?

J'ai sauté le pas. À un moment donné, ce que je faisais ne me convenait plus. C'était un peu le confort des fausses évidences. J'avais l'impression de ne pas être dans ma vérité, dans une vérité qui en tout cas me tenait à cœur. Le courage, c'est de tout larguer et de se lancer. Certes ce n'est pas tous les jours facile. Mais je crois que j'aurais été bien plus triste et morose de ne pas l'avoir fait. Aujourd'hui, j'ai mon bateau. Avoir son indépendance, son outil de travail et en vivre est aussi source de fierté.

 

 

 

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